Les dossiers du “Gorafi” : Le chat de la mère Michel, la chanson en questions

5 Publié le 13/12/2012 par La Rédaction

La disparition du chat de la mère Michel, une affaire qui passionne la France. Quatrième volet de notre enquête. Lustucru est-il bien mort en 1983 ?

Après avoir étudié de manière minutieuse les événements, les témoignages et le passé trouble du père Lustucru, nous allons aborder une partie méconnue de l’affaire du chat de la mère Michel :  la chanson qui a popularisé l’affaire.

Un des éléments troublants de cette affaire est la chanson populaire, écrite à la fin de 1979 et donnant une version satirique de l’affaire, citant nommément les principaux prévenus. Si les paroles sont très connues, leur sens l’est beaucoup moins. Dans la dernière partie de la chanson, l’auteur met l’accent sur l’étrange relation entre les deux principaux protagonistes, la mère Michel et le père Lustucru. L’auteur des paroles, Julien Cambrieux, reconnaît aujourd’hui avoir eu accès à des informations inédites. « Il y avait une chape de silence sur cette affaire, on sentait que les journalistes gênaient, qu’il y avait beaucoup d’informations sensibles. La chanson était un moyen comme un autre de faire circuler l’information. »

Après plusieurs mois d’enquête, l’affaire semble classée et, pour beaucoup, il est clair que l’on n’aura jamais la clé de l’énigme. Le chat de la mère Michel semble s’être évaporé. En 1983, Le père Lustucru perd la vie dans un tragique accident de jokari. La police retient la thèse de l’accident. En 1987, près de vingt ans après la disparition de son chat, la mère Michel s’éteint à son tour à son domicile. Selon ses proches, elle ne s’était jamais vraiment remise de la disparition de son chat. Mais l’enquête, elle, n’a jamais cessé.

Avec les années 1990, de nouvelles techniques d’enquêtes sont apparues, permettant d’aider amplement les enquêteurs. En 1992, un premier portrait, vieilli par ordinateur, du chat disparu est placardé dans les commissariats de France. Un Numéro vert est mis en place pour récolter des témoignages. Selon nous, un témoin n’a pas été pris en compte à cette époque. Charles Dupont [le nom a été modifié] affirme avoir vu, le jour de la disparition, une camionnette remonter la rue et freiner brusquement devant le domicile de la mère Michel : « J’ai vu le chauffeur descendre, faire le tour de son véhicule et repartir. Je n’ai pas vu de chat. »

Toujours en 1992, l’émission télévisée Mystères, sur TF1, rouvre l’enquête. Hélas, le reportage est quelque peu fantaisiste (Lustucru est présenté comme un ancien des Jeunesses hitlériennes prenant des bains de sang de chatons, la Mère Michel voit son mari décédé lui apparaître) et nuit à l’enquête. Avec les années 2000 et l’arrivée de l’Internet, on assiste à la naissance de nombreux sites consacrés à l’affaire. L’un des webmestres raconte : « Les gens nous envoyaient quantité d’informations. On a rouvert des pistes inexplorées. » Pour lui, Lustucru est le coupable.

Fin 2008, Mother Mitchel’s Cat : Case Closed, de la chaîne américaine NBC, affirme que Lustucru n’est pas mort en 1983 comme on l’a prétendu. Il s’agirait d’une mise en scène grossière (les accidents de jokari restent rares et spectaculaires) et l’homme aurait vécu quelques années en Argentine, profitant des réseaux d’amicales d’anciens nazis. Mais les témoins ne parlent pas de chat à ses côtés. Une question demeure néanmoins insondable pour tous les passionnés de l’affaire :  mais où est ce putain de chat bordel de merde ?

Pour les autorités, qui se refusent à classer l’affaire, le chat de la mère Michel est toujours vivant. « On part du principe de Schrödinger. Tant que l’on n’a pas retrouvé ce chat, il est à la fois mort et vivant », commente la gendarmerie de Creil, dont deux brigadiers sont toujours détachés à temps plein sur l’affaire.

Demain, dernier volet de notre enquête, qui révélera ce qu’est devenu le chat de la mère Michel. La fin d’une affaire qui aura passionné les Français pendant des décennies.

Basile Sangène et Paul Regard, grands reporters

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