Un chypriote regarde le dernier billet de 100 euros qu’il verra avant 10 ans

16 Publié le 02/04/2013 par La Rédaction

« Ce n’est qu’un au revoir » raconte la chanson. Et Neoklis Vasileiou, 33 ans, aimerait que cet au revoir ne se transforme pas en adieu. Ce trentenaire de Nicosie, la capitale de Chypre, jette un dernier regard à la dernière coupure de 100 euros qu’il devrait avoir entre les doigts avant un bon bout de temps. Partagé entre nostalgie et regret, le chypriote savoure ces derniers instants à côté d’un symbole de prospérité qui a vécu son temps. Reportage.

« Ce n’est qu’un au revoir » raconte la chanson. Et Neoklis Vasileiou, 33 ans, aimerait que cet au revoir ne se transforme pas en adieu. Ce trentenaire de Nicosie, la capitale de Chypre, jette un dernier regard à la dernière coupure de 100 euros qu’il devrait avoir entre les doigts avant un bon bout de temps. Partagé entre nostalgie et regret, le chypriote savoure ces derniers instants à côté d’un symbole de prospérité qui a vécu son temps. Reportage.

« Apprendre à vivre avec des coupures de 20, 10 euros »

La scène se déroule dans un café d’un quartier populaire de Nicosie. Neoklis est entouré d’une poignée d’amis. Pour l’occasion il a souhaité réunir ses proches pour célébrer ce moment au combien symbolique mais un peu douloureux également. C’est avec eux qu’il regarde ce billet de 100 euros. Le dernier qu’il possède et qu’il ne reverra probablement jamais à cause de la crise économique qui secoue l’île depuis une semaine.

Elena, son amie et collègue présente au pot tente de le réconforter : « C’est jamais facile de prendre conscience que le meilleur est finalement derrière nous. Et je crois que la perte de ce billet c’est une sorte de cap qui nous rappelle que nous rentrons tous dans un violent effondrement social. » et l’amie de Neoklis d’enchaîner : « C’est très dur pour lui de s’en séparer. Alors on est là pour l’accompagner dans ce passage difficile à gérer. Et puis l’aider à se reconstruire après la séparation ».

Une séparation de la fameuse coupure que l’informaticien de 33 ans hésite à accomplir : « Si je l’utilise je sais que je n’en reverrai pas avant au moins une décennie vu la tournure que prennent les choses. Je me dis que je ferais peut-être mieux de le conserver dans un coin. Ça fait un peu vieille relique et ça me donne l’impression de m’accrocher au passé mais, je ne l’ai pas encore perdu que ce billet me manque déjà. »

Dans ce déchirement que vit Neoklis, il peut en particulier compter sur Theódōros, son ami grec qui habite aussi Nicosie depuis peu : « On essaie de lui faire comprendre qu’on peut être heureux avec uniquement des billets de 50, 20, même 10 euros. En Grèce on a appris à vivre sans les coupures de 100 euros. Ça a été très dur au début mais on s’y fait. Mais j’ai bien conscience de ce que Neoklis peut traverser. Et si l’expérience difficile que j’ai traversée en tant que grec peut l’aider dans son épreuve, alors j’en serai heureux. »

L’incompréhension de Karl

Parmi tous ces amis présents et attentifs à la douleur de Neoklis, un seul dit ne pas tout à fait comprendre ce que vit le jeune chypriote. Cet ami c’est Karl, qui a fait le déplacement depuis Düsseldorf en Allemagne pour soutenir Neoklis : « Ça a l’air d’être très dur pour lui mais j’avoue que j’ai du mal à capter pourquoi. Il faut dire que chez nous, en Allemagne, on vit toujours avec des billets de 100 euros et même de 500 euros pour les plus chanceux. Alors je dois reconnaître que c’est compliqué pour moi de savoir ce qu’il ressent. Mais j’essaie d’être là quand même. »

La Rédaction

Illustration: Flickr/fredlab
Publicité
Publicité