Oublié par ses parents sur la route des vacances, il vit depuis 30 ans sur une aire de repos d’autoroute

140 Publié le 08/07/2013 par La Rédaction

Marignane – Luc a 37 ans. Depuis 30 ans, il vit sur une aire d’autoroute, le long de ce qu’on appelle « la route des vacances ». Oublié par ses parents alors qu’ils s’étaient arrêtés pour faire un simple plein, Luc a appris à vivre par lui même. Aujourd’hui, 30 ans après les faits, il raconte son quotidien. Reportage.

Il s’en souvient comme si c’était hier. C’était un jeudi. Il faisait chaud. La voiture familiale filait le long du serpent de bitume en direction du soleil et de la plage. Luc avait 7 ans. Ses parents s’arrêtent quelques minutes sur une aire de repos pour mettre de l’essence, se détendre, puis repartir. Mais entre temps, Luc s’échappe de la voiture pour aller aux toilettes. Quand il revient, la voiture a disparu. Ainsi va commencer son calvaire. « J’ai dû très vite apprendre à ne compter que sur moi » raconte-t-il. «Je dormais le jour  et je chassais la nuit. Il m’a fallu plusieurs années pour vraiment m’en sortir. Au début, j’ai failli abandonner à plusieurs reprises». Luc va vivre tant grâce à l’aide des vacanciers de passage qu’à l’aide de la station-service dont il va devenir l’homme à tout faire.

Amélie, qui passait ses vacances dans le sud, se souvient avoir croisé Luc plusieurs fois. « Au début, il faisait un peu peur. Avec ses longs cheveux et son odeur, les gens ne s’en approchaient pas. Puis on arrivait à l’amadouer avec des barres de chocolat. On se rendait compte que c’ était quelqu’un de très doux ». Pour Hubert, qui gère la station-service depuis 15 ans, Luc fait maintenant partie du paysage. « Il aide les automobilistes, il leur indique le chemin, vérifie la pression des pneus. C ‘est devenu une institution locale. On a des gens qui reviennent chaque année pour le voir. C’est un peu comme s’il avait retrouvé une nouvelle famille ». Quant à sa vraie famille, Hubert se dit qu’il serait heureux pour Luc si elle réapparaissait, mais que l’ambiance en pâtirait. « Cela fait trente ans qu’il est là, on s’y est habitué, on serait assez triste de le voir partir du jour au lendemain. »*

De sa vraie famille, Luc n’a plus jamais eu de nouvelles depuis ce triste jour de juillet. « Je ne leur en veux pas. Parfois, on fait des bêtises, des erreurs. Je ne pense pas que j’aurais fait mieux qu’eux, je ne veux pas juger » estime Luc, qui affirme cependant avoir les coordonnées de ses parents mais n’avoir jamais réussi à trouver la force de les contacter. « Je ne me sens pas prêt. Et puis ils ont fait leur vie, je me vois mal débarquer soudain chez eux. S’ils avaient voulu me revoir, ils l’auraient fait. Peut-être plus tard » raconte Luc avant de repartir aider un automobiliste pour faire le plein.

La Rédaction

Photo: iStock  gui00878

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