76 % des conseillers d’orientation affirment avoir été eux-mêmes mal orientés

62 Publié le 14/10/2013 par La Rédaction

Cela sonne comme une malédiction sans fin. Une étude quantitative menée sur le territoire français entre 2010 et 2013 vient confirmer ce que de nombreux Français pensaient secrètement jusque là : les conseillers d’orientation ne savent pas non plus comment ils en sont arrivés là. Les professionnels concernés, eux, parlent déjà d’un sondage ridicule et stigmatisant.

Cela sonne comme une malédiction sans fin. Une étude quantitative menée sur le territoire français entre 2010 et 2013 vient confirmer ce que de nombreux Français pensaient secrètement jusque là. Les professionnels concernés, eux, parlent déjà d’un sondage ridicule et stigmatisant.

Des jeunes perdus, des conseillers malveillants

L’enquête commandée par le ministère de l’Education nationale a été menée par l’institut de sondage Ipsos. Le verdict semble clair. Sur près de 4 400 conseillers d’orientation, presque les trois quarts reconnaissent ne pas avoir su quel métier choisir quand ils étaient jeunes.

Plus grave encore, presque autant disent exercer une fonction qui ne correspond pas à leurs attentes et encore moins à leur compétence. Dominique Lévy-Saragossi est la directrice générale d’Ipsos France : « Nous avons re-vérifié nos informations au moins une fois et nous arrivons au même constat. Une large majorité de ces conseillers ressentent une vive insatisfaction dans leur travail. Une insatisfaction qui n’est pas liée au manque de moyens ou de reconnaissance sociale, mais plutôt à un problème d’absence de vocation pour cette profession. »

Des conseillers d’orientation-psychologues (COP) mal aiguillés dans leur carrière, il y en aurait donc des milliers à en croire les chiffres d’Ipsos. Philippe Boileau travaille au collège-lycée Albert Camus de Bois-Colombes. Il dit faire partie de ces « floués de l’orientation » comme il les appelle :

« Ça fait 16 ans que je fais ce métier du mieux que je peux. Mais quand j’y réfléchis, je n’ai jamais vraiment voulu faire ça à la base. Aucun enfant, ni même aucun adolescent ne rêve de faire conseiller d’orientation. Il faut être honnête envers soi-même et reconnaître que ça reste une voie de garage. » nous confie-t-il sans détour.

Orienter pour se venger

Le conseiller de 46 ans se souvient avec exactitude du moment où les choses ont basculé pour lui. « Je me rappelle. J’avais 15 ans et je ne savais pas trop quoi faire de ma vie à l’époque, un peu comme beaucoup de personnes à cet âge. On m’a envoyé voir un conseiller d’orientation. Il m’a proposé de bosser dans le BTP, la restauration ou l’hôtellerie mais sans grande motivation. »

Mais très vite, le conseiller de Philippe Boileau change son fusil d’épaule : « Après, il s’est mis à vouloir me convaincre de faire le métier qu’il avait choisi. Il insistait et il insistait. Et à force de revenir à la charge, j’ai cédé et commencé à croire que c’était peut-être une solution envisageable. Résultat, j’en suis là aujourd’hui » raconte Philippe avec amertume.

Cette étude Ipsos, si elle semble plutôt catégorique, n’a toutefois pas empêché certains membres de la profession de crier au scandale. C’est notamment le cas du syndicat national des psychologues qui représente ces conseillers : « C’est tout simplement débile et surtout faux. Ce pseudo-sondage n’a pour but que de discréditer, une fois de plus, le travail du personnel scolaire » explique Jacques Borgy, secrétaire général de l’organisation syndicale.

Ce phénomène nouveau mis en lumière par cette étude pourrait bien avoir des conséquences néfastes sur l’avenir de nos jeunes d’aujourd’hui. C’est du moins le pressentiment de Philippe Boileau : « Personnellement je fais tout mon possible pour convaincre les élèves qui entrent dans mon bureau de ne pas faire conseiller d’orientation. Mais j’ai d’autres confrères ou consœurs qui agissent différemment. Eux aussi font le même constat sur la mauvaise orientation dont ils ont été les victimes. Mais ils préfèrent se venger et ils essayent de toutes leurs forces d’amener les jeunes désorientés vers les métiers de l’orientation. Et là ça devient grave car le serpent commence à se mordre la queue. »

La Rédaction
Illustration: iStock / nullplus
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