Moi, Sophie S., née avec un nom de famille à une lettre

111 Publié le 04/12/2013 par La Rédaction

Elle a la quarantaine et le cheveu légèrement blanchi par les années. Lorsqu’elle arrive à notre rendez-vous dans un café du quartier de la tour Montparnasse, Sophie a le sourire et dégage une évidente sympathie malgré sa réserve. Une énergie qui contraste avec son vécu : des années de calvaire à supporter les moqueries et le regard des autres. Car Sophie est née avec une seule lettre à son nom. Un S, synonyme pour elle de survie. Portrait.

Elle a la quarantaine et le cheveu légèrement blanchi par les années. Lorsqu’elle arrive à notre rendez-vous dans un café du quartier de la tour Montparnasse, Sophie a le sourire et dégage une évidente sympathie malgré sa réserve. Une énergie qui contraste avec son vécu : des années de calvaire à supporter les moqueries et le regard des autres. Car Sophie est née avec une seule lettre à son nom. Un S, synonyme pour elle de survie. Portrait.

L’objet de tous les harcèlements

Après plus de 41 ans de souffrance, Sophie S. a décidé de raconter ce qu’elle a traversé à travers un livre éponyme publié cette semaine chez Gallimard. Dans ce roman hautement autobiographique de 370 pages, celle qui est aujourd’hui conseillère conjugale et familiale à Cergy-Pontoise explore les moindres détails de la descente aux enfers qui a été son quotidien jusqu’en 2006.

Tout commence pour elle dès les premiers souvenirs de la petite enfance : « J’ai dans ma tête des images de moi lors de mon entrée à la maternelle et des premières remarques et blagues sur mon nom. Ça n’a été que le début d’un long chemin de croix. »

Car Sophie S. grandit puis fait son entrée au collège, lieu de tous les harcèlements où elle sera la tête de turc de ses camarades : « « Sophie S. qu’elle est là ? », « Sophie Sssss… », j’ai eu le droit à tous les jeux de mots les plus infâmes sur mon nom. A l’époque, ça m’a détruit psychologiquement. Je pensais être anormale, je pensais être un monstre, j’avais l’impression d’être une chinoise. » écrit-elle dans son livre.

A la sortie du lycée, meurtrie et à bout de forces, Sophie entreprend des études de lettres dans le but de devenir professeur. C’est à cette période qu’elle découvre également l’alcool et les drogues plus ou moins douces. Une découverte qui la plongera pendant plus de 10 ans dans le cercle de la dépendance.

Changer de nom pour changer de vie

Pour tenter de surmonter ce qu’elle appelle « un stigmate hérité », elle enchaîne les comas éthyliques et frôle à plusieurs reprises l’overdose. En 1999, à 27 ans, elle décide de mettre fin à son calvaire en changeant de nom. Elle s’appellera désormais Sophie M. Mais son essai tournera vite au fiasco, les observations moqueuses et autres bons mots revenant à la charge de plus belle : « Cette fois-ci, c’était les « Sophie M. quoi dans la vie ? » et autres « Sophie M. court sur le haricot ». J’ai tenu 2 semaines comme ça puis j’ai repris mon ancienne lettre de famille. » raconte t-elle.

La jeune femme passe alors de longs mois à se morfondre. Elle se replie, coupe les ponts d’abord avec sa famille puis avec ses plus proches amis : « Je ne supportais plus ce que j’étais, une amputée du patronyme, un cul de jatte nominal. Dans ma tête, il fallait en finir. Dans ces moments-là, toute piste vous semble salvatrice, même la pire. »

Devenue entre temps conseillère conjugale et familiale après un changement d’orientation professionnelle, Sophie pense alors au suicide, à la fuite au Vénézuela ou en Ardèche. Elle ira même jusqu’à s’inscrire à un cours de capoeira. Pour « se punir et ressentir la souffrance » décrypte t-elle grâce à la distance des années.

Mais dans un dernier espoir, Sophie S. va re-tenter un nouveau et dernier changement de nom : « J’ai demandé aux services de l’Etat le droit de m’appelle Sophie Hesse. Cette demande m’a été accordée après plusieurs mois de procédure. J’avais 34 ans. J’étais libre ! » lance-t-elle de sa plume à l’intérieur de son ouvrage.

Avancer

Depuis ce coup qui, heureusement pour elle, a bien tourné, Sophie a refait sa vie en banlieue parisienne, loin de la société et de ses représentations sociales impitoyables. Mère d’un petit Luka, la quadragénaire se dit heureuse et affirme même avoir réussi à exorciser les démons du passé : « Suite à mon changement de nom, j’ai fait une thérapie pour surmonter ma douleur. Et après quelques années de suivi et de travail sur moi, je crois avoir réussi à relativiser tout ce qu’il m’est arrivé par le passé. Mon nom à une lettre, les jeux de mots, les justifications permanentes. Finalement, ce n’était pas si grave et maintenant que je l’ai compris, je songe même à reprendre mon nom d’origine. »

La Rédaction

Illustration : iStock / track5

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