Débarquement : « Le plus affreux c’était les longues soirées sur Cherbourg »

88 Publié le 06/06/2014 par La Rédaction

À l’occasion de la célébration des 70 ans du D-Day, le Gorafi a recueilli le témoignage de Jack Stewart chef de peloton dans la 9e division d’infanterie américaine à l’époque. Un homme aujourd’hui âgé de 98 ans et qui a affronté l’enfer pour libérer la Normandie et plus largement la Terre entière. Un récit poignant et inédit.

À l’occasion de la célébration des 70 ans du D-Day, le Gorafi a recueilli le témoignage de Jack Stewart chef de peloton dans la 9e division d’infanterie américaine à l’époque. Un homme aujourd’hui âgé de 98 ans et qui a affronté l’enfer pour libérer la Normandie et plus largement la Terre entière. Un récit poignant et inédit.

L’horreur faite ville

L’ancien lieutenant nous raconte le calvaire vécu par les soldats qui ont dû rester plusieurs jours à Cherbourg après la libération de la ville : « Les troupes  allemandes nous sautaient dans les bras au moment de notre avancée sur Cherbourg. Ils se rendaient et nous embrassaient sur la bouche. Ils n’avaient qu’une hâte : rejoindre le camp des prisonniers des Alliés. Ça nous a surpris mais dès la première soirée on a compris…»

Dans un premier temps, face à l’état de ruine de la ville, le lieutenant Stewart pense que l’aviation américaine a pilonné la ville au regard de la pauvreté des distractions offertes par Cherbourg.  Il se renseigne auprès de la population et très vite il est sidéré par le témoignage d’une habitante qui lui explique : « Nan nan, ça a toujours été comme ça et encore vous avez de la chance, c’est l’été » lui glisse une cherbourgeoise le 2 juillet, au lendemain de la prise du port de Cherbourg.

Quelques heures après la libération totale de la ville, les soldats de la 9e division essayent d’abord de trouver un bar ouvert après 18 heures. Choux blanc. Ensuite, ils cherchent un commerce de proximité pour acheter des bières. Mais encore une fois, rien d’ouvert. Les nerfs commencent à lâcher et le deuxième jour le moral des troupes est au plus bas. Trois soldats de la compagnie meurent littéralement d’ennui :

« Plusieurs de nos camarades se jetaient à la mer pour échapper à la ville pour essayer de regagner l’Angleterre. Certains ont préféré se rendre à l’ennemi. J’avais vécu des dîners de famille très ennuyeux dans ma vie. Mais là c’était au-delà de l’entendement. » raconte le vétéran les yeux encore humides avant de rajouter : « Le débarquement à proprement parler a été dur c’est vrai. Mais le plus affreux c’était sans aucun doute les longues soirées sur Cherbourg »

Partir à tout prix

Ce dernier veut alors faire sortir sa section de ce traquenard. Il entend parler d’un bowling ouvert à 300 km. « Les hommes étaient prêts à courir le danger et à passer à travers les lignes ennemies. J’ai perdu la moitié de mon unité. Il fallait prendre une décision et en tant qu’officier je ne pouvais pas laisser mes hommes encore une soirée à errer dans la ville. On a donc décidé de lever le camp et d’avancer vers Paris, quinze jours avant ce qui était prévu dans le plan initial » nous dit Jack Stewart.

Soixante-dix ans après, l’ancien lieutenant se rend aujourd’hui à Cherbourg en mémoire de ses camarades morts d’ennui sur le terrain. En ce jour de commémoration, il souhaite leurs rendre hommage ainsi qu’aux soldats allemands : « Nous on est resté que 4 jours mais eux ils y sont restés 4 ans. Franchement, respect. »

La Rédaction

Photo: Wikicommons/UsArmy

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