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Les saumons entament leur grande migration annuelle vers l’intérieur des makis California

Comme chaque année après le printemps, le saumon de l’Atlantique Nord entame sa lente migration à travers la chaîne de production de l’industrie alimentaire, pour atteindre l’arrière-salle des restaurants japonais. Il accomplit ainsi la mission pour laquelle il est génétiquement programmé : intégrer l’intérieur d’un Maki California et remplir l’estomac d’un trentenaire occidental durant sa pause déjeuner pour moins de 14,90€ le menu.

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Le périple du salmonidé commence dans son habitat naturel de la ferme d’élevage intensif où il a grandi. Une fois arrivé à maturité culinaire, son instinct d’être transformé en délicieuse spécialité nippone le pousse à s’engouffrer dans un large filet de pêche, afin de sortir de l’eau et de mourir lentement asphyxié sur le pont d’un bateau. Mais l’aventure ne fait que commencer pour le poisson à la chair rosée.

Transportés par camion, ils sont ensuite disposés sur les tapis roulants d’une usine de traitement, qu’ils remontent à contre-courant pour atteindre les machines de désossement qui sépareront leur tendre chair de leur carcasse incommercialisable. Là, bien que morts et découpés en morceaux de viande succulente, ils vont encore devoir trouver la force de migrer vers la cuisine des restaurants japonais. Une entreprise dans laquelle ils seront épaulés par les employés d’une société de transport, l’un des rares exemples de collaboration spontanée entre deux espèces dans la nature.

Alors, dans un dernier effort, le salmonidé se jettera sous le couteau d’un cuisinier japonais, qui l’aidera à s’accoupler parfaitement avec ses partenaires : du riz rond ‘japonica’ façonné en cylindre et une somptueuse tranche d’avocat. Ainsi, prêt à être dégusté, il estime que son voyage arrive à terme : enveloppé de riz, parmi les siens, trônant fièrement dans son écuelle de plastique entre une soupe miso et une salade de chou.

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