Européennes : croulant encore sous les demandes de procuration, des policiers « remettent cette histoire de meurtre à plus tard »

0 Publié le 22/05/2019 par La Rédaction
Crédits :thehague

« Ici, entrez je suis là ! » : la voix du brigadier-major qui doit nous recevoir ce matin peine à nous parvenir, muré qu’il est derrière une montagne de papier dont seul le sommet de son crâne dépasse.

L’aménagement, dont l’équilibre paraît précaire, impressionne. Ce qui permet au policier d’attaquer bille en tête : « ‘voyez tout ça ? Des procurations, que des procurations. On ne fait que ça depuis un mois. ». Le gradé est à bout de nerfs et chaque geste trop brusque menace de faire s’écrouler l’édifice de papier. Dans cet arrondissement parisien cossu, au cœur de la 2e circonscription qui a causé tant de chagrin à Henri Guaino, les habitants ont filé dès l’arrivée des beaux jours. Résultat : des tombereaux de demandes de procuration accumulés depuis le 23 avril, dans les couloirs, les bureaux, les armoires, la salle de repos. Certaines, empilées en colonnes, confèrent au modeste commissariat une allure de temple grec. « On s’en sert pour soutenir le plafond des toilettes qui s’affaisse depuis quelques mois », glisse un agent.

Chargés de les instruire, les valider et les archiver numériquement, les policiers n’en voient plus le bout. Et c’est le reste de leur travail qui en pâtit. « Autant vous dire que pour le petit vol de portable, les petit coups et blessures volontaires avec ITT, va falloir attendre ». Alors, quand cet homme paniqué déboule dans le commissariat pour signaler le meurtre de sa femme dans la véranda avec une clé anglaise, il est sèchement éconduit : « plus tard, les meurtres, plus tard », souffle le major excédé, qui vient de faire s’envoler 3 colonnes de procurations en allumant un ventilateur.

La consigne est claire : sauf attaque terroriste majeure ou péril imminent des institutions républicaines, les policiers du VIe arrondissement se concentrent sur l’éclusion du stock de procurations. Un panonceau a même été placardé à l’entrée du commissariat : « Pour les affaires de mœurs et de droit commun, merci d’aller voir nos collègues désœuvrés du XVe arrondissement ou repasser dans un mois ».

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