Culture
« Un jour le public comprendra que l’on bouge les bras sans savoir ce qu’on fait » affirme un chef d’orchestre
C’est un grand professionnel de la musique qui a décidé de se confier. Martin da Fonseca est chef d’orchestre depuis plus de 20 ans. C’est de lui-même qu’il a contacté notre rédaction pour apporter un témoignage « nécessaire mais douloureux » sur sa profession. Un travail qu’il qualifie lui-même « d’escroquerie qui ferait passer Madoff pour Mère Teresa ».
Quand il nous ouvre les portes de son luxueux duplex du VIIIe arrondissement de Paris, Martin a l’air grave, comme celui d’un délinquant se rendant au confessionnal. Poli, il nous propose du thé. Le thé est bon. Le chef de l’Orchestre Philarmonique de Jouy-en-Josas s’assied alors puis entame la longue et lourde confidence.
« J’ai bientôt 50 ans. Cela fait plus de 20 ans que je suis complice de cette mascarade généralisée. Aujourd’hui je veux briser l’omerta car je sais qu’un jour le public comprendra que l’on bouge les bras sans savoir ce qu’on fait », explique-t-il.
M. da Fonseca reprend alors son souffle avant de continuer : « Quand j’ai commencé mes études pour devenir chef d’orchestre, je pensais qu’il s’agissait d’un vrai métier, que le chef d’orchestre rendait cohérent le jeu de l’ensemble des musiciens…Alors qu’en réalité on est juste là à bouger comme des cons, à faire des gestes qui n’ont pas de sens comme si on avait des TOC…Quand j’y repense…J’agite les bras en toute impunité depuis tant d’années », admet-il.
Le quinquagénaire revient ensuite sur ses jeunes années : « Au Conservatoire, juste après mon admission, on m’a emmené dans une pièce et on m’a expliqué que le poste de chef d’orchestre relevait de l’emploi fictif mais que cela permettait de créer du travail et que le public avait l’impression d’avoir affaire à quelqu’un d’important. »
Malgré cette désillusion, Martin da Fonseca se laissera entraîner dans ce mensonge devenu institution au fil des siècles. Par faiblesse selon lui : « Je n’avais pas de solution de repli et, peut-être pour me convaincre moi-même, je me suis rappelé que c’était d’abord la gestuelle qui m’avait plu chez les chefs d’orchestre, que le reste était accessoire dans le fond », raconte l’homme, désenchanté.
A la recherche d’une reconversion à Roissy
Juste avant de le quitter, le chef d’orchestre nous explique vouloir changer de métier, loin des orchestres, loin de la musique même : « J’aimerais devenir agent de piste à Roissy pour guider au sol les avions. Je cherche un poste avec des mouvements de bras vraiment utiles. Il y avait bien steward mais personne ne les regarde lorsqu’ils montrent les consignes de sécurité. »
La Rédaction
Illustration/Modèle : Thinkstock / Ysbrand Cosijn
-
Hi-TechIl y a 1 semaineChatGPT lance un appel de détresse après avoir démarré une discussion avec Fabrice Luchini
-
PolitiqueIl y a 3 joursEdouard Geffray : « Chaque collégien encore vivant à l’issue des épreuves obtiendra automatiquement son brevet »
-
SportsIl y a 4 joursPolémique autour de la création de pauses fraîcheur lors des courses de 100 mètres
-
SociétéIl y a 2 semaines5 emojis à utiliser quand un proche vous annonce son cancer
-
PolitiqueIl y a 2 semainesLes États-Unis annoncent quitter le G7 pour fonder le G1
-
SociétéIl y a 4 joursTrois jours après s’être baigné dans le canal Saint-Martin, il peut ronger un chêne centenaire en moins de deux heures
-
PolitiqueIl y a 6 joursAngleterre – Le Premier ministre Keir Starmer remplacé par Hervé Renard
-
SociétéIl y a 4 joursRencontres – Elle assume son côté ‘fofolle’ en indiquant aimer les brunchs, les voyages et Coldplay
