Bernard de la Villardière nous raconte sa version de sa rencontre avec de dangereux salafistes dealers de drogue

28 Publié le 05/10/2016 par La Rédaction

Face aux déferlements de haines et de contre vérités dans les médias, Bernard de la Villardière a souhaité rétablir sa version des faits dans nos colonnes. Un témoignage poignant.

« Nous étions à terrain découvert depuis seulement quelques minutes dans le quartier, éloigné du centre-ville. Le taxi venait tout juste de nous déposer et voulait repartir immédiatement. Je lui glisse alors quelques dollars dans la main et le remercie d’être venu jusqu’ici. Puis il redémarre et nous laisse seuls, mon équipe et moi.

J’ai choisi de m’entourer d’hommes de confiance car quand vous arrivez en terrain inhospitalier, ce sont les réflexes qui vous sauvent un homme. C’est mon cadreur qui remarque le premier le groupe menaçant. Ils sont armés de pistolet mitrailleurs, ils surveillent le quartier, sans doute attendent-ils une livraison. Nos regards se croisent. Très vite, ils se dirigent vers nous. Il est trop tard pour se mettre à couvert. Je dis à mon preneur de son de passer derrière moi, il vient d’avoir un enfant, je préfère prendre une balle plutôt que lui.

Les trois jeunes sont maintenant tout près. Ils tentent de parler mais la barrière de la langue est très difficile à surmonter. Je leur tends des barres chocolatées, langage universel s’il en est. Ils les jettent avec mépris au sol, l’échange va être difficile. Ils demandent des dollars, un autre veut ma montre. L’un d’eux veut la « machine qui prend des images » comme ils disent. Mais je dois protéger l’intégrité de mon matériel comme de mes hommes. Ils commencent à nous mettre en joue.

C’est alors que je sens la situation se tendre, nous n’avons plus d’autres possibilités – je dois trouver une idée ou nous serons pris en otage. Je prends un vieux téléphone dont je ne me sers plus et le jette. Ils se précipitent dessus et se le disputent. Nous courons vers la route. Des coups de feu éclatent. Formés dans des camps d’entraînement au Yemen ou en Somalie, ces jeunes sont très dangereux. Je déclenche mon téléphone satellite avec un code rouge pour alerter les secours. Soudain l’horreur : mon opérateur du son s’effondre, touché par plusieurs impacts dans le dos.

Je le prends dans mes bras, je lui dis de tenir: “tiens bon Jérémy, tiens bon, pense à Mattéo qui t’attend à la maison, les secours sont là”. Il me dit « Bernard, le reportage doit continuer » souffle-t-il en me mettant sa perche son dans les mains avant d’expirer. Nous reprenons notre course, les balles nous frôlent mille fois, nous entendons des sirènes, plusieurs voitures de police arrivent et nous protègent des assaillants. La fusillade rangée dure de longues minutes.

Puis, escortés par les forces de l’ordre qui mettront plusieurs jours à nettoyer ce ghetto, nous rentrons non sans une pensée pour Jérémy qui a donné sa vie pour ce reportage et je ne laisserai personne salir son nom ni ma déontologie journalistique.

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