Sciences
Interview exclusive : Thomas Pesquet : « En fait, j’ai le vertige »
C’est au rez-de-chaussée de sa maison sans étage que le célèbre astronaute Français Thomas Pesquet nous reçoit pour cette interview exclusive pour le premier numéro du journal du Gorafi.
Le Gorafi : Cher Thomas, au nom de tous nos nouveaux lecteurs, merci de nous recevoir. Tout d’abord, une première question : n’êtes-vous pas trop déçu de ne pas être le prochain Français à retourner dans l’espace ?
Thomas Pesquet : Pour être tout à fait franc : non, pas du tout. J’ai une révélation à faire aujourd’hui aux Français qui nous lisent : en fait j’ai le vertige. Depuis toujours. Depuis tout petit. J’ai peur du vide. Il suffit que je monte sur un escabeau pour que j’aie la tête qui commence à tourner. Donc je suis très content de ne pas avoir été choisi et de rester sur le plancher des vaches. Je suis sincèrement soulagé. (il soupire de plaisir) Je gardais ce secret pour moi depuis tellement longtemps…
LG : Comment le vivez-vous au quotidien ? Pendant vos missions dans l’espace, cela devait être très éprouvant ?
TP : En effet, cela a été très très compliqué quand j’étais sur l’ISS. Parce qu’en plus du vertige, j’ai aussi le mal des transports. Par exemple, j’étais malade dans le bus qui nous a amenés à la base de lancement. Puis j’ai été malade dans la capsule. Ensuite j’ai aussi été malade dans l’ISS. Le budget des cachets pour le mal des transports représentait presque 45 % du budget total de la mission.
LG : Y a-t-il eu d’autres conséquences dont vous n’avez jamais voulu parler ?
TP : (soupir) Les sacs à vomi. (il se passe la main sur la bouche) L’Agence Spatiale Européenne devait envoyer une capsule de ravitaillement pour les faire redescendre sur Terre presque une fois par mois. Au début, on a pensé les jeter dans l’espace mais l’un d’eux est allé finir dans la lentille de Hubble et j’ai mis trois semaines pour tout nettoyer. Sans parler de l’intérieur de la station. Il y en avait partout. Mes camarades de l’ISS m’appellent maintenant « Space Vomito ». J’ai si honte. (il met son visage dans ses mains et pleure à chaudes larmes).
LG : Tout le monde vous connaît pour vos superbes photos vues de l’espace… Quel challenge cela représentait pour vous ?
TP : C’était atroce. Le simple fait de grimper à une échelle me rend malade. Quand je monte un escalier, je dois fermer les yeux et on doit me tenir la main pour que je ne tombe pas. S’il vous plaît, arrêtez de vous balancer sur votre fauteuil, cela me donne le mal de mer. Et aussi : je ne suis pas capable de monter sur une chaise pour changer une ampoule chez moi.
LG : Mais comment faites-vous ?
TP : Je vis dans le noir la plupart du temps et je fais beaucoup d’économie d’énergie.
LG : Quelle était votre technique pour pouvoir prendre ces photos ?
TP : Ces photos, c’était horrible de regarder la Terre, de si haut. J’avais une peur panique de tomber par la fenêtre à chaque fois. Alors ce sont mes camarades de la station spatiale Internationale qui les ont prises, à tour de rôle. Mais encore aujourd’hui, les regarder sur mon compte Instagram, cela me rend malade. C’est si haut, mon Dieu, j’ai si peur. (il pleure plus fort)
Cette interview exclusive a été publiée initialement dans le numéro un du journal du Gorafi d’avril 2026
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Credit photo Getty Images
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