« Envolez-vous, vous êtes libres! »: Bernard Cazeneuve rend leur liberté à ses conseillers ministériels

51 Publié le 20/02/2017 par La Rédaction
Crédits :andresr

C’est une scène d’une grande poésie qui a égayé hier après midi la rue de Varenne, où réside le Premier ministre. Après quelques mois de services, Bernard Cazeneuve a rendu leur liberté à ses conseillers et assistants, qui se sont gaiement envolés vers des cieux plus cléments.

13h – C’est un Bernard Cazeneuve songeur qui arpente les couloirs feutrés de l’hôtel de Matignon. Point de secrétaires pressées, de sonneries de téléphones ou de ronronnements d’imprimantes – le bâtiment est plongé dans une torpeur crépusculaire, mais il y a de l’électricité dans l’air. Tels des athlètes dans leurs starting-blocks, des grappes de personnels de Matignon se tiennent devant chaque porte, chaque fenêtre, chaque baie vitrée, le corps et l’esprit tendus vers la sortie. Il y a là du directeur de cabinet, du conseiller ministériel, du chargé de mission, tous à l’affût. L’atmosphère est à mi-chemin entre le dernier jour d’école et le coup de départ du 400m haies.

Sur les coups de 13h30, le Premier ministre adresse un signe à l’un des huissiers, qui lance d’une voix de stentor: « lâchez-les, messieurs! ». Les gendarmes ouvrent en grand le bâtiment, et c’est la cavalcade. Un torrent gris-sombre de costumes, de tailleurs, de mocassins et de cravates qui se déverse dans la cour en faisant crisser les gravillons. Ici et là, d’épais dossiers aux rabats rouges, jaunes ou turquoises apportent en s’envolant une touche de couleur au tumultueux cortège.

Jurisprudence Barroso

C’est une volière surchauffée dont on aurait soudainement ouvert la grille. Sauf qu’en fait de pépiements et de bruissements de plumes, ce sont des noms de fleurons du CAC 40 et des pianotements de smartphones qu’on entend. « Je pars chez Total, salut les blaireaux! », « 40k par an chez BNP, t’imagines? Allez, on s’appelle! ». Comme tous les cinq ans, c’est un formidable envol vers le secteur privé qui se déroule sous les yeux ahuris des badauds. Conflit d’intérêt, déontologie du fonctionnaire, éthique ? « De bons mots à placer dans les discours, mais soyons sérieux », s’esclaffe un dir’ com’ débauché par une grande banque d’affaires. « Et puis la jurisprudence Barroso s’applique maintenant ! Le président de la Commission européenne qui part chez Goldman Sachs, autant vous dire que c’est la fête du slip désormais ».

Publicité
Publicité