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Cyril Hanouna : « La société du divertissement est en train de tuer toute profondeur »
C’est dans sa bibliothèque consacrée quasi exclusivement aux philosophes que le trublion du PAF nous a reçus pour un entretien passionnant. Extraits.
Le Gorafi : Cyril Hanouna, vous dénoncez dans une tribune parue cette semaine dans Libération les ravages de la société du spectacle, quels sont-ils selon vous ?
Cyril Hanouna : Je ne suis foncièrement opposé ni à la pantalonnade ni aux gauloiseries et il m’arrive d’en user plus qu’à mon tour mais la truculence ne doit pas empêcher l’analyse et je regrette que le sarcasme le cède trop souvent à la réflexion. La société du divertissement est en train de tuer toute profondeur, j’invite tous les lecteurs à relire Guy Debord.
LG : Y a-t-il trop de programmes de divertissement en France ?
CH : Le divertissement n’est pas mauvais en soi. Comme le rappelait Pascal, dans Les Pensées, qui est un de mes livres de chevet, « Qu’on laisse un roi tout seul, sans aucune satisfaction des sens (et l’on verra qu’un roi sans divertissement est un homme plein de misère ». Toutefois, ce divertissement peut nous faire perdre de vue l’essentiel. Divertir vient du latin divertere, qui signifie « se détourner, se séparer de ». Il n’est certes pas inutile d’échapper pour quelques instants au memento mori, à condition que cela ne nous dispense pas d’exercer notre esprit critique car nous sommes avant tout des sujets pensants.
LG : Quelles mesures prônez-vous pour combattre cette tendance délétère ?
CH : Je me méfie des injonctions en tout genre qui ne sont bien souvent que des slogans nous évitant de penser. On ne saurait conjurer l’absence de réflexion par le simplisme. Tout est une question d’équilibre. Il faut réconcilier le conatus de l’âme et celui du corps. Je suis tout à la fois le disciple de Spinoza et de Jean-Marc Morandini.
LG : On vous a parfois reproché d’aller trop loin et d’humilier vos chroniqueurs, ces reproches vous semblent-ils fondés ?
CH : Comme tout chercheur, ma démarche scientifique a parfois été mal comprise par mes contemporains, à l’instar de Galilée. On a pu penser que je versais dans la facilité de même qu’on a pu nier la démarche épistémologique des nouilles dans le slip. Je n’aspire pourtant qu’à être un catalyseur de nos affects les plus vils pour déclencher un rire cathartique.
LG : Êtes-vous condamné à demeurer éternellement un incompris ?
CH : C’est hélas le lot de tous ceux qui sont en avance sur leur temps. En vérité, et en toute humilité, entre les grands esprits qui ont marqué l’histoire et moi-même, il y a aussi peu de différence qu’entre le cogito cartésien et le « je pense » kantien ». Je suis simplement un rationaliste qui ne veut pas se départir de l’empirisme.
LG : Que manque-t-il à notre époque actuelle pour aider les individus à s’élever ?
CH : Le propre de la métaphysique est de ne jamais proposer de recette. On gagnerait toutefois à écarter les formules toutes faites du développement personnel qui exhortent chacun à révéler la meilleure version de soi même. La philosophie nous invite plutôt à nous inspirer de Pindare non pour être mais pour devenir ce que nous sommes. Nietzsche rappelait dans Aurore : « Libre à chacun d’avoir la bonne fortune de trouver la conception de la vie qui lui permette de réaliser le plus haut degré de bonheur à sa convenance ; il n’empêche que sa vie pourra rester pitoyable ». Et pourtant il ne connaissait pas Gilles Verdez.
Interview paru dans le journal du Gorafi n°2 mai 2026 que vous auriez pu lire avant tout monde si vous vous étiez abonnés. Loser.
Photo Getty
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