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Les Dossiers du Gorafi

Les dossiers du Gorafi : Le chat de la mère Michel: Lustucru, un homme vraiment, vraiment inquiétant !

Le mystère de la disparition du chat de la mère Michel captive et passionne la France. Troisième volet de notre enquête exclusive.

Publié le

 mar 


Troisième volet de notre enquête sur la disparition du chat de la mère Michel en 1969. Après avoir étudié les faits, les contradictions dans les témoignages, penchons-nous sur le cas de l’étrange père Lustucru et de ses secrets. Pour la première fois ils sont révélés.

Plus de trois semaines se sont écoulées depuis la disparition du chat de la Mère Michel. Les recherches dans le canton, les cours d’eau, ne donnent aucun résultat. La gendarmerie tente de comprendre l’emploi du temps de la mère Michel. Tandis qu’il apparaît un peu plus chaque jour comme le principal suspect, le père Lustucru enchaîne les témoignages contradictoires. Si dans un premier temps il affirmait avoir discuté avec la mère Michel, il affirme ensuite avoir été en Italie au moment des faits. Nous sommes en mesure d’apporter une vision nouvelle sur le passé du père Lustucru au regard de nouvelles informations exclusives.

Pour de nombreux commentateurs de l’époque, le passé du père Lustucru durant la guerre est plus que trouble. Si, à la Libération, le père Lustucru s’est vanté d’avoir monté un réseau de résistance dans l’arrière-pays de Creil, personne au pays n’en a souvenir. Nous avons retrouvé des témoins qui affirment que Lustucru est parti en Allemagne, devançant l’ordre du Service du Travail Obligatoire (STO) de plusieurs mois « par enthousiasme ». Devenu trop zélé, même pour les Allemands, il est rapatrié en France quelques mois plus tard.

Toujours selon nos informations, il se lance alors dans le marché noir et fait rapidement fortune. À la Libération, les habitants de Creil ont la surprise de le voir parader, affirmant avoir capturé à lui seul une colonne de blindés allemands. Nous sommes en mesure d’affirmer que c’est vraisemblablement l’argent du marché noir qui a servi à acheter les blindés en question. Le fils d’un des soldats allemands que Lustucru a achetés témoigne aujourd’hui. Il raconte : « Herr Lustucru voulait que les soldats jouent la comédie, apparaître comme libérateur de Creil, il a mis beaucoup d’argent sur la table. » Il subsiste une trace de cette transaction : les soldats allemands estimant avoir joué la comédie déposeront une demande de congé spectacle à la Libération.  Une demande refusée.

Alors que Lustucru s’empêtre dans ses contradictions, les enquêteurs tentent de dresser son portrait psychologique. « Nous n’avons pas trouvé de jeux vidéo violents à son domicile, mais cela ne prouve rien, les jeux vidéo violents ayant été inventés plusieurs dizaines d’années plus tard », explique un enquêteur. Alors que pour l’opinion publique Lustucru fait figure de coupable idéal, coup de théâtre : le 5 septembre 1969, la justice refuse d’inculper Lustucru et toutes les preuves réunies par les enquêteurs sont rejetées pour vice de forme. Pour certains c’est signe que l’affaire est trouble. Selon l’historien Robert Paxxton, qui a publié de nombreux livres sur l’Occupation, ce n’est en rien lié à au passé trouble de Lustucru : « Plus vraisemblablement, personne n’en avait strictement rien à faire de la disparition d’un chat à Creil. Alors, de nuit, ils ont sorti tous les dossiers du tribunal, ils ont jeté les pièces à conviction dans la Somme puis, le lendemain, on a prétendu que c’est le chien du procureur qui avait tout mangé. Naturellement, les gens ont mordu à l’hameçon. »

Mais les gendarmes de Creil sont tenaces. Ils savent qu’on leur cache des choses. Cela fait plusieurs mois que le chat de la mère Michel a disparu et ils n’ont aucune piste, aucune preuve. Médiums et magnétiseurs tentent de monnayer leurs services. Selon l’un d’eux, le chat a basculé dans une faille multidimensionnelle fractale et n’en sortira que lors de l’apocalypse du 21 décembre 2012. Un autre a une vision d’une camionnette remontant à vive allure une rue et percutant un chat gris. Dans le même temps, à l’automne 1969, la célèbre chanson Le Chat de la mère Michel, qui s’amuse à parodier la tragique affaire, devient un succès encore couramment chanté aujourd’hui. Mais les paroles semblent en dire bien plus qu’il n’y paraît. Nous y reviendrons. La clé de l’énigme est peut-être à l’intérieur.

Au cours des années qui suivent, le chat de la mère Michel est signalé à travers tout le département. On le dit à Beauvais. On le voit attendant un train en gare du Nord à Paris – surprenant pour un chat, car la distance entre Creil et Paris reste importante pour les seules capacités d’un chat. Les policiers ont du mal à faire le tri dans les témoignages. Il se pourrait qu’il s’agisse d’un même chat lui ressemblant. Les techniques policières étant encore peu évoluées, la police ne dispose pas alors de procédé informatique capable de vieillir un portrait. Ainsi, l’avis de recherche du chat affichera durant vingt-cinq ans la même photo. « On a perdu beaucoup de temps et des pistes sérieuses n’ont pas été exploitées », explique le brigadier Raoul Josselin, aujourd’hui à la retraite. Et de raconter ce jour de mars 1985, lors d’une perquisition au domicile de Lustucru : « Je sentais que le chat était tout près, une intuition, mais je pense qu’on a été vendus, Lustucru a sans doute caché le chat avant notre arrivée. »

Basile Sangène et Paul Regard, grands reporters

À suivre demain : une enquête jamais close

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